homélie le 8 mai à St Laurent d'Arce

« Ceux qui s’étaient dispersés annonçaient la Bonne Nouvelle de la Parole là où ils passaient. » Actes 8,4 C'est la persécution qui commence avec le martyre d’Étienne, un des sept qui avaient été appelés pour le service des tables. Cette première persécution pousse les disciples à fuir Jérusalem où restent les douze apôtres. « Bienheureuse faute qui nous valut un tel rédempteur » chante t-on dans la nuit de Pâques, reprenant ainsi une parole de St Augustin, faisant référence à Adam et à Jésus. Bienheureuse persécution qui nous valut de recevoir l’Évangile ; car si les disciples étaient restés à Jérusalem, l'église née à Pentecôte serait peut-être devenue une secte juive comme il y en avait à l'époque, un courant religieux comme les esséniens ou les pharisiens. Et voilà que, grâce à la persécution, les disciples partent annoncer la Bonne Nouvelle du Salut au delà de Jérusalem. C'est là qu'ils porteront du fruit. Ils ne choisissent pas la persécution, ils la fuient. La longue histoire des martyrs, histoire toujours en train de s'écrire, montre bien qu'ils ne choisissent pas la persécution. Les martyrs de sang, et St Étienne est le premier d'entre eux, meurent par amour, pour donner la vie. Les affiliés à l'état islamique donnent la mort. Les martyrs chrétiens donnent la vie. Et nous-mêmes qui sommes parfois des martyrs non pas de sang mais de la sueur, c'est la vie que nous aimons, et c'est pour cela que nous sommes dans la joie, en communion avec le Christ qui nous invite à nous réjouir quand nous sommes comme lui persécutés, moqués à cause de l'évangile, quelquefois à cause de nous-mêmes. Ce n'est donc pas la souffrance qui peut nous réjouir. C'est le Salut en Christ qui se manifeste au cœur même de la vie de ce monde, au cœur même de notre vie, y compris de notre souffrance, c'est le Salut en Christ qui nous met en joie et qui fait que notre joie demeure, même dans la souffrance. Heureux parce que capables d'être aimés et capables d'aimer. Le Christ vient greffer l'amour au cœur même du mal. La puissance de l'amour va ainsi guérir le mal par l'intérieur. Pas par un coup de baguette magique qui viendrait du dehors et du dessus, non ; mais par la brûlure de l'amour qu'il vient greffer au cœur même du mal. C'est pour cela que l'on dit avec St Paul quand il écrit aux corinthiens : Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. La puissance de l'amour vient ainsi guérir le mal par l'intérieur. Pourquoi le mal, pourquoi Dieu n'a-t-il pas fait le monde plus simple, l'homme plus simple. Pourquoi tout est compliqué ? C'est la question que je me pose suite au départ précipité du P. Denis. La mauvaise appréciation de la distance nécessaire entre lui, un éducateur, et les autres, des adolescentes, a entraîné des souffrances pour ces jeunes, pour lui-même, pour notre communauté. Éduquer, étymologiquement c'est conduire au dehors. Éducateurs, c'est ce que nous avons à être les uns pour les autres. Nous avons nous-mêmes, dans nos relations inter-personnelles, dans nos relations amicales, dans nos relations familiales, dans toutes nos relations, nous avons ce défi, pour nous entraider à grandir et à avancer : le défi ? être proches et séparés, être semblables et différents. En cela aussi nous sommes appelés à être avec les autres comme Dieu est avec nous : Il se fait proche, il se fait homme parmi les hommes et il se remet sans cesse à distance (ne me touche pas dit-il à Marie-Madeleine). Il est en même temps proche et Tout Autre, le Tout Autre. Comme un père qui, apprenant à son enfant les joies de la marche, le tient par la main puis prend le risque de le laisser tomber, Dieu prend avec nous le risque de la liberté ou de la chute, le risque de la liberté et de la chute. C'est pour cela que, chaque fois que nous avons l'impression de nous approcher de Lui, nous avons aussitôt l'impression qu'il s'éloigne de nous : il nous permet ainsi d'avancer, comme ce père qui apprend à son enfant les joies de la marche et le risque de la liberté, en se mettant à une distance raisonnable Oui, ainsi la souffrance fait partie de ce monde et Dieu vient y communier. En y communiant avec lui, toute notre existence, même dans la souffrance, meême le péché devient source de vie. La croix devient source de vie. « Seigneur, est-ce bien utile ? Faut-il passer par ce chemin pour porter du fruit ? Jésus dit dans l’Évangile selon saint Jean, et l’agriculture avec lui : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Faut-il souffrir pour porter du fruit ? N'est-il jamais fini le temps de l'épreuve , Mais la question reste entière et je la formule ainsi : Comment se réjouir de l'action de l'Esprit Saint en temps d'épreuve ? Je reprends ici une prédication du cardinal Eyt en 1998 dans une communauté où un prêtre venait de quitter le ministère pour lequel il avait été ordonné. Au même moment le Père Eyt connaissait probablement les prémices de la maladie qui l'a emporté 3 ans plus tard. Comment se réjouir de l'action de l'Esprit Saint en temps d'épreuve ? Il faut percevoir et développer les signes de l'Esprit Saint. Des signes ? Quels signes ? - Il s'agit d'abord de reprendre conscience de l'Esprit qui est en nous par notre baptême. Mais aussi de croire, de croire que Dieu ne permet pas que nous soyions soumis à des épreuves qui pourraient nous anéantir, même si parfois nous pourrions penser que c'est limite. Il s'agit de croire qu'il nous donne une grâce d'état : Le seigneur agit dans ma faiblesse humaine pour traverser les épreuves qui sont sur ma route. Il me donne sa force. - Il y a les signes de l'Esprit, signes que nous pouvons contempler parce que Dieu nous permet de les laisser venir en nous-même. Dans la lettre aux Galates, l'apôtre Paul écrit Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. Ces signes ne s'imposent pas à nous comme une évidence absolue. Dans le psaume 116 le psalmiste crie :   Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert,  moi qui ai dit dans mon trouble : « L'homme n'est que mensonge. » Ces signes ne s'imposent pas à nous comme une évidence et c'est pour cela qu'il faut être ensemble pour les discerner et les poser, pour les poser et les discerner. Il y a d'ailleurs des contresignes, et l'un d'entre eux est majeur : c'est l'isolement. Nos communautés sont donc appelées à poser des signes. C'est ce qu'elles font quand elles proposent des projets comme ceux que nous avons commencé à développer cette années et qu'il faut prolonger : L'initiative NewPastoral qui nous engage à créer des petites équipes fraternelles pour inviter et chercher avec d'autres à avancer sur nos routes humaines. Parlez-en entre vous et tout particulièrement avec Mme Maguy Vallée qui coordonne cette initiative. La deuxième semaine de mission (j'ai bien dit deuxième, pas seconde) que nous avons vécu avant la Semaine Sainte : Les visites des habitants dans leurs maisons, au nom de Jésus et les beaux échanges que ces visites ont permis. Le spectacle passion dont nous aurons un écho dans la journée L'accueil d'autres communautés catholiques comme nous avons fait il y a deux ans avec Créon et l'an dernier avec Gradignan Voilà des signes, et bien d'autres au concret de nos journées, au fil de nos rencontres. Voilà des signes qui ne doivent pas être isolés de l’ensemble de notre démarche pastorale en servant l'humanité et l'action de la grâce dans la vie des hommes d'ici et d'aujourd'hui de la naissance à la mort. Des signes à poser avec ceux qui frappent à la porte, parfois bien maladroitement. Des signes avec des jeunes pour les aider à se construire, à grandir, à marcher, à vivre, à aller au dehors la main dans la main avec le Seigneur Jésus. Mais dans l'obscurité de certaines nuits le Seigneur nous donne aussi un signe fort, LE signe de sa présence effective. Dans notre assemblée réunie en son Nom, il est là. Mais ce signe même, peut être voilé par mon regard mal ajusté et je peux parfois lui trouver tous les défauts : assemblée trop nombreuse, trop restreinte, trop bruyante, pas assez chantante, trop âgée, trop jeune, trop de tralala, pas assez de belle liturgie … tout et son contraire Au cœur de la nuit, il peut arriver, même au prêtre, qu'il n'y ait plus qu'un geste et qu'une parole en qui nous puissions engager notre foi. « Ceci est mon corps livré, ceci est mon sang versé », pour vous, pour toi, pour moi. Je crois seigneur parce que depuis 2000 ans la foi de l’Église a porté cette réalité jusqu'à nous, sacrement jusqu'à nous et qu'il nous faut le transmettre, jusqu'à ce qu'il revienne, Lui, le Christ. Il faut le célébrer en donnant notre vie. Quand on a l'impression que tout s’écroule, il reste cela. Alors ne négligeons pas cela, ce sacrement où Dieu se rend présent à partir de ce monde, à partir du pain de ce monde, du vin du pressoir de ce monde. Il se rend présent pour nous aspirer vers son Père et nous transfigurer avec nos frères, pour transfigurer ce monde. Alors, ne nous décourageons pas. Ne nous décourageons pas devant nos faiblesses. Ne nous décourageons pas devant certaines formes de persécutions : moqueries, critiques et autres postures à la mode. Pleurons nos péchés, nos fautes, les fautes de l’Église mais rappelons-nous cette phrase de Teilhard de Chardin : « Pour les chercheurs de Dieu, écrit-il, tout n'est pas immédiatement bon mais tout est susceptible de le devenir » Au cœur de la nuit, posons les signes de l'Esprit qui agit en ce monde. Prenons conscience de notre vocation baptismale. Allez, encore une citation. C'est de l'auteur dramaturge Russe, Anton Tchekhov dans sa pièce intitulée « la mouette » qui fait dire à l'héroïne : Apprends à porter ta croix et garde la croyance. J'ai la foi, et je souffre moins, et quand je pense à ma vocation, la vie ne me fait plus peur. N'ayez pas peur, pensez à l'appel de Dieu sur vous au jour de votre baptême. La première persécution a conduit les disciples au dehors de Jérusalem et c'est grâce à cela que nous pouvons vivre la joie de l’Évangile. Ne gardons pas l’évangile pour nous ! Nada te turfbe, nada te espante, quien a dios tiene, nada le falta. Solo dios basta !